Let the children play

Je me suis longtemps demandé si je devais ou pas écrire ce billet d’humeur. Et puis je me suis dit, telle une sale gosse “C’est mon blog et t’façon j’fais ce que j’veux !”. Après tout, ici c’est un peu chez moi, et j’y accueille généreusement tout le monde (oui oui, même toi), et chacun est libre d’y trouver son compte, ou pas d’ailleurs.

Je regrette cette époque où, lorsque nous étions enfants, nous subtilisions discrétos l’appareil photo familial et que ce dernier était synonyme d’éclate ultime pour nous, sales mômes, nous photographiant faisant des grimaces, ou nous immortalisant au volant de la voiture parentale afin de “faire comme les grands”.

C’était la belle époque, celle où la photo était un jeu, où le ridicule ne tuait pas, et où chaque cliché traduisait une émotion différente. Aujourd’hui, les photos se suivent et se ressemblent. Désormais, seul le décor change, mais, sûr de son meilleur profil, l’expression de ce visage figé, reste inlassablement la même.

On a tous connu quelqu’un comme ça (ou peut être au fond l’est on nous même), qui se laisse piéger par cette image parfaite qu’il souhaite renvoyer aux autres. Tout est sous contrôle, pas de place à la spontanéité, à la folie, ni même à l’originalité d’ailleurs. Seuls subsistent de la personne cette image, toujours identique, améliorée à grands coups de filtres. D’ailleurs, nous pourrions presque les reconnaître ces filtres, car nous avons tous plus ou moins les mêmes sur nos smartphones, et nous pourrions même nous amuser à dire : Tiens, untel a utilisé le filtre “chrome”,  et là le filtre “transfert” ou “fondu”.

Bref, le naturel est mort et là est le problème.

Plus d’éclats de rire incontrôlés, mais un cadré précis de la tête relevée qui dévie légèrement vers la gauche avec regard en coin.

Plus de grimaces pour amuser, de photos prises sur le vif, mais un cliché pris 50 fois jusqu’à obtenir “LA” photo, “The one”, celle là même qui fera pâlir d’envie tous les abonné(e)s et/ou followers (fait ton choix). Celle là même qui remontera ton égo, calmera tes angoisses et apaisera tes complexes.

Réveille toi et ouvre les yeux, tout ça, c’est du vent, c’est superficiel et creux. Ça n’est plus original, mais pathétique. Ça n’est plus fun, mais chiant comme la mort.

La beauté trouve sa place dans le charme de l’imperfection, là où se cache le miroir de l’âme, là où, tapis au fond de toi, l’enfant attend encore qu’on le laisse jouer…

Photo de couverture : slodive.com “Children Joyful Playing”

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